Les 12 qualités d'un survivant
Added 2025-11-04 06:14:25 +0000 UTCLe texte ci-dessous est un extrait de l'un de mes prochains livres, en avant-première pour les abonnés Patreon... Vous connaissez sûrement le professeur Gonzales, que j'ai interviewé pour Survivre à la peur - Tome 1... il revient pour nous ici...
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Laurence Gonzales et les 12 qualités d’un survivant
Selon le professeur Laurence Gonzales de l’Université de Santa Fe, aux États-Unis, et auteur de plusieurs livres à succès liés à la survie, dont Deep Survival et Surviving Survival, il y a douze caractéristiques communes qui font qu’une personne a plus de chances de se sortir d’une situation de survie que d’autres :
1. Percevoir le danger et y croire. Ne tombez pas dans le piège mortel du déni ou de la peur immobilisante. Admettez-le : vous êtes vraiment dans le pétrin et vous allez devoir vous en sortir. De nombreuses personnes qui se trouvaient dans le World Trade Center le 11 septembre 2001 sont mortes simplement parce qu'elles se sont dit que tout allait bien se passer et ont agi de manière trop confiante, voire nonchalente. Les survivants ne se voilent pas la face, mais ils ne cèdent pas non plus au désespoir face à la vérité. Les survivants voient une opportunité, voire un bien, dans leur situation, aussi sombre soit-elle. Une fois l'épreuve terminée, les gens peuvent être surpris de les entendre dire que c'est la meilleure chose qui leur soit arrivée. Le psychiatre autrichien Viktor Frankl, qui a passé trois ans dans des camps de concentration, raconte avoir réconforté une femme mourante qui lui dit en retour : « Je suis reconnaissante que le destin m'ait frappée si durement. Dans mon ancienne vie, j'étais gâtée et je ne prenais pas les devoirs religieux au sérieux ». Dans des circonstances désastreuses, il faut décider de faire quelque chose pour se sauver. Pour survivre, il faut se dire : « D'accord, je suis là. C'est vraiment en train de se passer. Maintenant, je vais faire ce qu'il faut pour m'en sortir. » Que vous réussissiez ou non n'a finalement aucune importance. C'est en agissant bien, même en souffrant, que vous donnez un sens à votre vie, quelle qu'elle soit.
2. Rester calme et utiliser sa colère. Lors de la crise initiale, les survivants ne sont pas dominés par la peur. Au contraire, ils l'utilisent. Leur peur ressemble souvent à de la colère, ou se transforme en colère, ce qui les motive et leur donne l'impression d'être plus vifs. Aron Lee Ralston, le randonneur qui a dû se couper l’avant-bras pour se libérer d'un rocher qui l'avait piégé dans un canyon de l'Utah[1], a d'abord paniqué et a commencé à se frapper encore et encore contre le rocher qui lui avait bloqué le bras. Mais très vite, il s'est arrêté, a respiré profondément et a commencé à réfléchir aux options qui s'offraient à lui. Il a finalement passé cinq jours à franchir les étapes nécessaires pour se convaincre de mettre en œuvre la seule action possible pour sauver sa vie, notamment en utilisant sa colère et sa rage, pour se décider à se couper le bras et ainsi se dégager. James Stockdale, un pilote de chasse américain abattu au Viêt-Nam et qui a passé huit ans au « Hilton de Hanoï », nom donné à son camp de prisonniers, conseillait à ceux qui voulaient apprendre à survivre d’« inclure un cours de familiarisation avec la douleur. Il faut s'entraîner à avoir mal. Il n'y a pas de doute. » Et cette douleur, alliée à la colère, leur donnait un objectif : tenir le coup. Mais attention : si vous tirez votre pouvoir de la colère, le seul moyen de conserver votre force sera d'être de plus en plus en colère. Vous pouvez alors gagner quelques combats sur la vie, mais au bout du compte, cela vous détruira ; il faudra alors savoir lâcher prise[2].
3. Réfléchir, analyser et planifier. Les survivants s'organisent rapidement, mettent en place des routines et instaurent une discipline. Lorsque le champion de cyclisme américain Lance Armstrong a appris qu'il était atteint d'un cancer[3], il a organisé sa lutte contre la maladie de la même manière qu'il aurait organisé son entraînement en vue d'une course. Il a lu tout ce qu'il pouvait sur le sujet, s'est imposé un programme d'entraînement et a constitué une équipe composée d'amis, de membres de sa famille et de médecins pour le soutenir dans ses efforts. Un tel effort, conscient et organisé face à un grave danger, nécessite à la fois de la raison et des émotions ; la raison donnant la direction et les émotions fournissant la source d'énergie. Les survivants déclarent souvent avoir ressenti la raison comme une « voix » audible. Steve Callahan, marin et concepteur de bateaux, a été éperonné par une baleine et a coulé lors d'un voyage en solitaire en 1982. À la dérive dans l'Atlantique pendant 76 jours sur un radeau de deux mètres sur deux, il a vécu son voyage de survie comme se déroulant sous le commandement d'un « capitaine » (sa raison), qui lui donnait ses ordres et le maintenait à sa ration d'eau, même si son propre esprit mutin (émotionnel) se plaignait. Son « capitaine » intérieur faisait régulièrement la morale à « l'équipage ». Ainsi, sous un contrôle strict, il a pu repousser l'idée que sa situation était désespérée et faire les premiers pas nécessaires du voyage de survie : penser clairement, analyser sa situation et formuler un plan.
4. Prendre des mesures correctes et décisives. Les survivants sont prêts à prendre des risques pour se sauver et sauver les autres. Mais ils sont à la fois audacieux et prudents dans ce qu'ils font. Lauren Elder est la seule survivante d'un accident d'avion léger dans la haute montagne. Bloquée sur un sommet à plus de 3 000 mètres d’altitude, un bras cassé, elle pouvait voir la vallée de San Joaquin en Californie, mais une vaste étendue sauvage et des falaises abruptes et glacées l'en séparait. Vêtue d'une jupe et d'un chemisier enveloppants, de bottes à talons de 6 cm, et ne portant même pas de sous-vêtements, elle a rampé « à quatre pattes », et elle a dû escalader pendant 36 heures un flanc de montagne enneigé, une tâche apparemment impossible. Mais Elder s’est forcée à ne penser qu'au prochain mètre à parcourir, au prochain rocher à gravir. Les survivants décomposent les tâches importantes en petites tâches faciles à gérer. Ils se fixent des objectifs réalisables et élaborent des plans à court terme pour les atteindre. Ils sont méticuleux quant à la bonne exécution de ces tâches. Ils testent chaque prise avant d'avancer et s'arrêtent fréquemment pour se reposer. Ainsi, ils commettent très peu d'erreurs. Ils gèrent ce qui est en leur pouvoir, d'instant en instant, d'heure en heure, de jour en jour. Jusqu’à atteindre la sécurité ou les secours.
5. Célébrez vos succès. Les survivants tirent une grande joie de leurs succès, même les plus modestes. Cela permet de maintenir la motivation et d'éviter le désespoir. Cela permet également de soulager la tension nerveuse liée à une situation où sa vie, ou celle des autres, est en danger. Lauren Elder raconte qu'une fois la descente de la première longueur terminée, elle a regardé la pente incroyablement raide et s'est dit, exaltée : « Regarde ce que j’ai accompli ! » et elle a poussé un cri de victoire qui a résonné dans la montagne silencieuse. Même avec un bras cassé, la joie était sa compagne de tous les moments. Viktor Frankl a écrit sur ce qu'il ressentait parfois dans le camp d’Auschwitz : « Nous étions contents, heureux malgré tout ».
6. Soyez un survivant, pas une victime. Les survivants font toujours ce qu'ils font pour quelqu'un d'autre, même si cette personne se trouve à des milliers de kilomètres. Lorsqu'Antoine de Saint-Exupéry s'est retrouvé bloqué dans le désert de Libye après que son avion eut subi une panne de moteur, il a pensé à la souffrance de sa femme s'il abandonnait et s’il ne revenait pas. Yossi Ghinsberg, un jeune randonneur israélien qui s'est perdu dans la jungle bolivienne pendant plus de deux semaines après avoir été séparé de ses amis, s’est inventé une petite amie imaginaire pour laquelle il se devait de survivre. En fait, on ne survit pas que pour soi-même, il doit y avoir un motif supérieur. Viktor Frankl l'a exprimé de la manière suivante : « Ne visez pas le succès, plus vous le visez et en faites une cible, plus vous risquez de le rater ». Il suggère de le considérer comme « l'effet secondaire involontaire de son dévouement personnel à une cause plus grande que soi », ou comme « le sous-produit de son abandon à une personne autre que soi ».
7. Appréciez l’aventure de survie. Cela peut sembler contre-intuitif, mais même dans les pires circonstances, les survivants trouvent quelque chose à apprécier, un moyen de jouer, de plaisanter et de rire. La survie peut être fastidieuse, et l'attente elle-même est un art. Lauren Elder s'est mise à rire aux éclats lorsqu'elle a commencé à s'inquiéter que quelqu'un puisse voir sous sa jupe pendant qu'elle grimpait. Alors que le bateau de Steve Callahan était en train de couler, il s'est arrêté pour rire de lui-même en serrant un couteau entre ses dents comme un pirate alors qu'il essayait de monter dans son radeau de sauvetage. Viktor Frankl a ordonné à certains de ses compagnons d'Auschwitz, qui menaçaient de perdre espoir, de se forcer à penser à une chose drôle chaque jour. Les survivants utilisent également l'intellect pour se stimuler, se calmer et se divertir l'esprit. Victime d’un accident alors qu'il se déplaçait sur une falaise presque verticale au Pérou, Joe Simpson[4] a développé un schéma rythmique consistant à poser sa hache, à plonger son autre bras dans la neige, puis à faire un petit saut effrayant avec sa jambe valide. « Je répétais méticuleusement ce schéma », écrira-t-il plus tard. « J'ai commencé à me sentir détaché de tout ce qui m'entourait. Chanter, jouer à des jeux d'esprit, réciter des poèmes, compter n'importe quoi et faire des problèmes mathématiques dans sa tête peuvent rendre l'attente possible et même agréable, tout en augmentant la perception et en apaisant la peur. » Perdu dans la jungle bolivienne, Yossi Ghinsberg raconte : « Lorsque je me sentais désespéré, je murmurais mon mantra : « Homme d'action, homme d'action ». Je ne sais pas où j'ai trouvé cette phrase... Je la répétais sans cesse : Un homme d'action fait ce qu'il doit faire, n'a pas peur et ne s'inquiète pas. » Les survivants abordent leur crise comme un athlète aborde un sport. Ils s'accrochent à des porte-bonheur, à des talismans. Ils découvrent la « zone » mentale dans laquelle l'émotion et la pensée s'équilibrent pour produire une action fluide. Une approche ludique d'une situation critique conduit également à la créativité, qui peut déboucher sur une nouvelle technique, une nouvelle stratégie ou une nouvelle idée qui pourrait les sauver.
8. Voir la beauté en toute chose. Les survivants sont sensibles aux merveilles du monde, en particulier lorsqu'ils sont confrontés à un danger mortel[5]. L'appréciation de la beauté, le sentiment d'émerveillement, ouvrent les sens à l'environnement (lorsque vous voyez quelque chose de beau, vos pupilles se dilatent). Debbie Kiley et quatre autres personnes étaient à la dérive dans l'Atlantique après le naufrage de leur bateau lors d'un ouragan en 1982. Ils n'avaient ni vivres, ni eau et allaient mourir s'ils n'étaient pas secourus. Deux des membres de l'équipage ont bu de l'eau de mer et sont devenus fous. Lorsque l'un d'entre eux a sauté par-dessus bord et s'est fait dévorer par les requins juste sous leur canot pneumatique, Kiley a l'impression de devenir folle à son tour et se dit : « Concentre-toi sur le ciel, sur la beauté qui s'y trouve. » Lorsque l'avion de Saint-Exupéry s'est écrasé dans le désert de Lybie, il était certain d'être condamné, mais il a continué dans cet esprit de contemplation du beau : « Nous sommes là, condamnés à mort, et pourtant la certitude de mourir n'est pas comparable au plaisir que j'éprouve. La joie que me procure cette demi-orange que je tiens dans ma main est l'une des plus grandes joies que j'aie jamais connues ».
9. Croire en sa réussite finale. La volonté de vivre du survivant se fixe fermement sur une vision de sa réussite finale à s’en sortir. La peur de mourir s'estompe et une nouvelle force l'envahit pour lui permettre de continuer. « Au cours des deux derniers jours au fond du canyon », se souvient Aron Lee Ralston, « J'ai senti une énergie croissante, même si je n'avais plus d'eau ni de nourriture. Je me sentais reposé et rempli d'une énergie particulière. C'était comme si j'avais reçu une réserve d'énergie illimitée[6]. »
10. Lâcher prise. Oui, vous pouvez mourir. En fait, vous mourrez - nous mourrons tous. Mais ce n'est peut-être pas pour aujourd'hui. Ne vous inquiétez pas. Oubliez le sauvetage. Tout ce dont vous avez besoin est déjà en vous. Dougal Robertson, un marin qui a dérivé seul en mer pendant trente-huit jours après le naufrage de son bateau, conseillait de penser à la survie de cette manière : « Le sauvetage viendra comme une interruption bienvenue... de l’aventure de survie ». En termes de psychologie, c’est de la « résignation sans abandon ». Joe Simpson a déclaré : « Je pensais probablement mourir au milieu de ces rochers. Cette pensée ne m'alarmait pas... l'horreur de la mort ne m'affectait plus ».
11. Faire tout ce qui est nécessaire. Lauren Elder a descendu des parois verticales de glace et de rochers sans expérience ni équipement. Dans la nuit noire, Steve Callahan a plongé dans le salon inondé de son bateau en train de couler, risquant et sauvant ainsi sa vie. Aron Lee Ralston s'est coupé le bras pour se libérer. Une patiente atteinte d'un cancer se laisse presque tuer par la chimiothérapie pour vivre. Les survivants ont une raison de vivre et sont prêts à tout miser sur eux-mêmes. Ils possèdent ce que les psychologues appellent une métaconnaissance : ils connaissent leurs capacités et ne les surestiment ni ne les sous-estiment. Ils croient que tout est possible et agissent en conséquence.
12. Ne jamais abandonner : Lorsque le réservoir d'oxygène d'Apollo 13 a explosé, apparemment condamnant l'équipage, le commandant Jim Lovell a choisi de continuer à transmettre toutes les données qu'il pouvait au centre de contrôle de la mission, jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée. Joe Simpson, Lauren Elder, Steve Callahan, Viktor Frankl, Debbie Kiley, Aron Lee Ralston, James Stockdale, Yossi Ghinsberg étaient tous aussi déterminés et connaissaient cette dernière vérité : si vous êtes encore en vie, il y a toujours une chose que vous pouvez faire. Les survivants ne se laissent pas facilement décourager par les échecs. Ils acceptent que l'environnement change constamment et savent qu'ils peuvent et doivent s'adapter. Lorsqu'ils tombent, ils se relèvent et recommencent tout le processus, en le divisant en petits éléments gérables. Les survivants ont toujours une raison claire de continuer. Ils gardent le moral en développant un monde alternatif, imaginé à partir de souvenirs, et dans lequel ils peuvent s'échapper. Ils voient des opportunités dans l'adversité. Dans l'après-coup, les survivants tirent des leçons des expériences qu'ils ont vécues et en sont reconnaissants. Lauren Elder m'a dit un jour : « Je n'échangerais cette expérience pour rien au monde. Et parfois, elle me manque. La clarté de savoir exactement ce qu'il faut faire ensuite me manque. Ceux qui veulent survivre aux aléas de notre monde, que ce soit au jeu, dans les affaires ou à la guerre, en cas de maladie ou de calamité financière, le feront à travers un voyage de transformation. Mais cet état transcendant n'apparaît pas miraculeusement quand on en a besoin. Il naît de toute une vie d'expériences, d'attitudes et de pratiques qui forment la personnalité d'une personne, un noyau dans lequel elle puise la force nécessaire. Une expérience de survie est un cadeau incomparable : elle vous dira qui vous êtes vraiment ».
[1] Il raconte sa mésaventure dans son autobiographie Plus fort qu’un roc (Between a Rock and a Hard Place) qui a été adaptée pour le film 127 heures réalisé par Danny Boyle en 2010.
[2] Même Jésus, le Christ, s’est mis en colère !
[3] Provoqué par le dopage, endémique dans cette discipline ?
[4] Joe Simpson est un alpiniste anglais connu principalement pour son terrible accident lors de la descente du Siula Grande (6 334 m) avec Simon Yates en 1985. Lors de la descente d'un versant très dangereux en période hivernale, Joe est victime d'une première chute qui lui brise la jambe droite. Son ami décide alors de le descendre à la corde petit à petit dans des conditions climatiques extrêmes et malgré la nuit. Malheureusement, Joe se retrouve suspendu dans le vide après avoir sauté un surplomb. Après une heure et demie d'attente par −25°C, alors qu'il commence lui-même à glisser, Simon prend la terrible décision de couper la corde le reliant à Joe pour avoir une chance de sauver sa propre vie. Joe Simpson chute de plusieurs dizaines de mètres et glisse dans une crevasse. Il réussit ensuite l'exploit de ressortir de la crevasse, de finir la descente et de traverser le glacier pour rejoindre le campement avec la jambe cassée, sans eau ni nourriture. Ce combat pour la survie dure quatre jours. Il a écrit un livre adapté par la suite au cinéma, La Mort suspendue (Touching the Void), réalisé par Kevin Macdonald en 2003. Il n’en a jamais voulu à son compagnon Simon, disant « qu’à sa place, il aurait fait exactement la même chose. »
[5] Pensez à la parabole zen « de la fraise » qui sera décrite dans le chapitre Carpe Diem.
[6] L’effet du jeûne ? NdlA.
Comments
Très instructif !
DEGUY
2025-11-08 14:57:14 +0000 UTCMerci. C'est un bon soutient moral qui vient au bon moment.
Middle
2025-11-05 10:30:41 +0000 UTC