Clichés et mythes du survivalisme
Added 2025-06-23 15:58:57 +0000 UTCdans la suite de mon article, je mentionne les clichés et idées reçues du survivalisme... qu'en pensez-vous? j'en oublie?
Dès qu’une société vit dans le confort et que l’un des aspects de la culture est de croire à un progrès incessant, toute approche prudente ou appelant à l’autonomie et à l’indépendance, ou bien sûr au questionnement des idées reçues, est rapidement considérée comme pessimiste, négative, voire subversive. Comment peut-on oser mettre en doute la maestria du régime politique des dirigeants et des oligarques, le bien-fondé de l’idéologie dominante, l’excellence des doctrines économiques ? Ceux qui le feraient manquent de foi dans la « société », dans le « système », et sont au mieux des « originaux », des « marginaux », au pire des affreux, des hérétiques, qu’il faut isoler ou combattre. Bien sûr, le catastrophisme de certains scenarios et des préparations excessives ou déséquilibrées, quand bien même ils seraient réalistes, prête le flanc à la critique. Si cette dernière devrait être bienvenue et acceptée, notamment lorsqu’elle est justifiée et constructive, bien souvent elle prend la forme de caricature ou de moquerie. Ce que l’on constate toutefois, et notamment en Europe, c’est que la critique menée par les médias tend à véhiculer des clichés et des mythes éculés ou montrant une certaine ignorance.
Ainsi, des idées fausses, souvent basées sur des caricatures issues de certains courants du survivalisme américain, ne reflètent ni la réalité, ni l’essence du survivalisme tel qu’il est pratiqué par la majorité de ceux qui se préparent. Voici quelques éléments pour démystifier ces stéréotypes :
Les survivalistes sont armés jusqu’aux dents et ont une obsession pour les armes. Contrairement aux États-Unis, la Suisse, la Finlande, la République Tchèque, etc., où les armes à feu sont assez courantes et peuvent être un symbole culturel, dans bon nombre d’autres pays, surtout en Europe, la législation limite leur possession. Ainsi, de nombreux survivalistes ne possèdent même pas d’armes à feu et privilégient des compétences comme la conservation des aliments, la gestion énergétique ou le jardinage. L’auto-défense, y compris armée, peut être un sujet important, mais ce n’est qu’un aspect parmi d’autres, et est abordé de manière légale et mesurée. Enfin, pour beaucoup, les armes à feu sont comprises dans un contexte de chasse, afin de subvenir à une partie des besoins alimentaires, ou de pouvoir le faire si nécessaire.
Les survivalistes vivent isolés dans une cabane, quelque part dans une forêt. Si un abri ou une base de repli isolée peut avoir sa raison d’être dans certaines circonstances et stratégies, la majorité des survivalistes vivent une vie intégrée dans le monde moderne, avec familles, amis, activités sociales et bien sûr travail.
Les survivalistes doivent se construire un bunker souterrain. L'idée d’un bunker secret rempli de conserves et de matériel de guerre est une image sensationnaliste issue du cinéma (films comme La Route, 10 Cloverfield Lane, Take Shelter...), des jeux vidéo (Fallout) ou une relique des préparations de la protection civile de la Guerra Froide. En réalité, la majorité des survivalistes n’ont ni les moyens ni l’intérêt pour ce genre d’installation. Le survivalisme privilégie la préparation raisonnée, comme avoir une réserve de nourriture, d’eau et des plans d'urgence réalistes pour des situations courantes (pannes, intempéries, crises économiques). Pas besoin de vivre sous terre pour cela. Et même si une guerre nucléaire devait survenir, le simple fait de ne pas vivre près des éventuelles cibles et d’avoir des procédures préparées, suffit à limiter considérablement les dégâts sur la santé et les infrstructures1.
Les survivalistes attendent la fin du monde comme le ferait une secte millénariste. Le survivalisme n’a rien à voir avec la religion ni avec des croyances extrêmes et ne se résume pas à des scénarios apocalyptiques ou du cinéma. Avant la « fin du monde », il s’agit de prévoir des crises du quotidien : blessures, accidents, coupures d’électricité, grèves, inflation, intempéries, etc. Il s'agit d'une démarche rationnelle, individuelle ou familiale, visant à être mieux préparé aux imprévus. Il n'y a pas de gourou ou de dogme, seulement des principes universels de bon sens. La démarche est quotidienne, pas pour une apocalypse !
Les survivalistes sont des extrémistes dangereux. Tous les profils sont représentés dans le survivalisme : âge, orientations politiques, religions, statu socio-professionnels et familiaux. Si des éléments dangereux, déséquilibrés ou des cas sociaux sont présent dans la population, il est à parier que ceux-ci seront statistiquement moins représentés du fait de l’emphase sur la responsabilisation personnelle et l’autonomie. Être un adulte responsable , moins dépendant d’un système économique est, au contraire un facteur stabilisant de la personnalité.
Les survivalistes sont des paranoïaques et des égoïstes. Prévoir l’avenir et s’y préparer consiste avant tout de faire face à des crises avec réalisme. C’est un mode de vie qui vise à réduire la dépendance au système, à protéger sa famille et à traverser les crises avec plus de sérénité. Il n’y a aucune place pour le délire de persécution ou d’autres problèmes psychologiques. Si l’approche peut être individualiste ou peut prévoir de ne pas avoir à compter sur l’aide des autres ni de l’État, c’est, au contraire, souvent par amour que l’on se préparer. Amour pour soi, évidemment, mais surtout amour de sa famille et des siens. Enfin, plus une population est résiliente et autonome, moins elle sera impactée par une crise, ce qui réduit les probabilités de tragédies individuelles et collectives. Le survivalisme est un acte d’amour.
Les survivalistes sont des bouseux qui s’habillent en treillis et roulent en pick-up tout terrain. Il y a souvent du mépris de la part de certaines classes sociales citadines envers les gens qui essayent de travailler de leurs mains ou qui vivent et travaillent hors des villes. Si un bon nombre de survivalistes sont aussi des citadins (ou en partie tout au moins) et utilisent des véhicules ordinaires, des bicyclettes et même les transports publics, bien au-delà du cliché importé des États-Unis ou du Canada, une partie à effectivement des véhicule qui leur permettent de travailler dans un milieu rural, de transporter des outils et des marchandises, ainsi que de rouler dans les chemins de campagne, qui sont courants au-delà du périph’. La priorité reste l’efficacité et la sobriété, avant l’« image » et le « look ».
Les survivalistes sont des cas sociaux qui espèrent un événement rédempteur. Parmi ceux et celles qui méprisent les survivalistes, circule le cliché que ce seraient des individus en l’échec personnel, des laissés pour compte du monde moderne, des inadaptés qui subissent et qui se retrouvent déclassés, et qui placent un espoir revanchard dans une hypothétique « redistribution des cartes » à travers un effondrement de l’« ordre établi » sous diverses formes. Si ce genre de profil existe, il est au plus anecdotique, la majorité étant des gens aux vies normale et dans une démarche de résilience et d’autonomie locale, de simplicité volontaire, souvent associée à des pratiques comme le jardinage, la permaculture, l’autonomie énergétique, les réseaux d’entraide et l’utilisation de .
Les survivalistes se préparent pour rien, puisque rien ne va arriver. Le « yaurarien » est un moyen facile pour ne pas considérer, ne pas vouloir voir la fragilité et le danger d’un environnement, et ainsi se dispenser de tout effort et action. L’histoire montre bien que des évènements dangereux aux conséquences tragiques arrivent bel et bien, tant à l’échelle individuelle que dans des cas plus importants. Accessoirement, ceux qui pensent que rien ne va arriver sont les premiers à annoncer qu’en cas de problème, leur stratégie (des plus hasardeuses) sera d’aller chez ceux qui se préparent, tout comme la cigale alla chez la fourmi.
Si quelque chose arrive, ce sera tellement terrible que se préparer ne sert à rien. Ce cliché est aussi très pratique pour ne pas avoir à travailler ni agir, et ne rien changer. L’histoire montre que les populations et les individus préparés s’en sortent mieux et subissent moins que celles qui ne le sont pas. La préparation n’est bien sûr pas une garantie de survie, mais si elle est bien pensée et bien mise en actes, elle permet de se donner plus de chances de s’en sortir et de bien se débrouiller malgré les difficultés.
Si on ne sauve pas tout le monde, on ne sauvera personne. Il faut donc travailler collectivement pour cela. Au-delà du non-factuel de l’affirmation, puisque une partie de la population survit aux pires des catastrophes et aux plus brutaux des évènements, c’est le fait de se baser sur le « faukon » et les « yaka », si faciles en théorie, mais si difficiles, voire impossibles, dans leur mise en pratique, qui dispensent ainsi de travailler réellement. Même la brute qui marche ira plus loin que le génie qui reste assis à palabrer ou a « refaire le monde ». Quant au travail collectif, rien ne l’exclut, mais on sait bien à quel point le parasitisme de certains individus et les discussions incessantes sur le « quoi faire » sabotent la plupart des projets. Enfin, le survivalisme est de plus en plus lié à des valeurs de solidarité et de responsabilité envers sa famille et son clan.
Le survivalisme empêche l’action politique. Nul n’empêche de travailler sur sa condition physique, sur a préparation matérielle, sur ses stratégies de survie, sur son autonomie tout en militant pour l’idéologie de son choix ou en participant à la vie politique locale, nationale ou internationale. Bon nombre de survivalistes sont des élus de municipalités ou de communes, et influencent ainsi les politiques locales pour plus de résilience, plus d’équilibre écologique et une meilleure collaboration entre les citoyens et les habitants.
1 Voir : NRBC : Survivre aux évènements Nucléaires, Radiologiques, Biologiques et Chimiques, par Piero San Giorgio et Cris Millenium, Culture & Racines, 2016.
Comments
une Sociologue specialiste des riches : https://www.youtube.com/shorts/ZJ_47sYRdOI
Aissa
2025-06-28 18:35:19 +0000 UTCOui bien sûr, il y a plus de clichés, mais veux-tu vraiment tout dire et tout expliquer dans ton texte ? Je varierais le ton en posant de temps à autre des questions ouvertes, éventuellement certaines qui remplacent, attenuent ou soutiennent des explications plus justificatives, défensives ou moins convaincantes, afin de laisser de l'espace au lecteur pour faire sa propre idée.
Middle
2025-06-23 19:46:21 +0000 UTC