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Piero San Giorgio
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Pour comprendre la "faillite" du Crédit Suisse, Made in USA.

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voici un article de mon ami Eric Werner, court extrait de l'édition de ce matin, en espérant que cela vous motive a en lire plus.

Tout doit disparaître

par Eric Werner

Un fait nouveau a donc dû se produire, mais personne ne sait au juste lequel. Peut- être aussi ne s’est-il rien passé du tout. Allons même plus loin encore. Personne n’a jamais pensé un seul instant qu’il s’était passé quelque chose. Simplement, à un moment donné, tout le monde a compris que le Crédit Suisse était condamné...

Le sort du Crédit Suisse s’est, semble- t-il, scellé lorsqu’un «vent de panique», comme disent les médias, a commencé à souffler sur les marchés, après la publication de textes alarmistes dans les pays anglo-saxons. C’était au début de la semaine du 13 au 19 mars. Très vite, la banque s’est trouvée à court de liqui- dités. À partir de là, on avait le choix: soit la déclarer en faillite et ensuite faire le tri entre ce qui était récupérable ou non, soit la récupérer tout entière en y mettant l’argent nécessaire, c’est-à-dire beaucoup d’argent.

C’est cette deuxième option, en fin de compte, qui a été retenue, on ne sait trop en fait pourquoi. Pourquoi fallait-il sauver le Crédit suisse? Le Crédit suisse est une banque internationale dont l’es- sentiel des activités se déroule à l’étran- ger, entre autres aux États-Unis. On aurait pu la découper en morceaux et ne garder que le fragment suisse qui, lui, paraît-il, était viable. Le reste serait parti à la casse. C’est ce qu’a dit à la radio d’État le député genevois d’oppo- sition Yves Nidegger lors d’un débat au soir du lundi 20 mars. La gêne autour du micro était palpable.

DES MILLIARDS COMME S’IL EN PLEUVAIT

Le Crédit suisse valait, paraît-il, 7 milliards, il a été racheté 3 milliards par l’UBS, une autre banque internatio- nale. 200 milliards ont par ailleurs été mis sur la table par la Banque Natio- nale suisse (BNS) «au cas où», plus 9 milliards par le gouvernement suisse lui-même. Personne ne sait d’où sort cet argent, ni même s’il existe seule- ment. En fait, il va falloir le créer. Pour- quoi non? Les autorités ont l’habitude de ces choses. Sauf que 200 milliards, c’est 200 milliards. Avant de prendre leur décision, les autorités suisses se seraient «concertées» avec leurs homo- logues anglais et américains. J’aime bien le mot «concertées».

De beaucoup de banques on a souvent dit ces dernières années qu’elles étaient au bord de la faillite: d’une grande banque allemande en particulier et par ailleurs de plusieurs banques italiennes. Mais personne n’a jamais parlé du Crédit suisse. Le Crédit suisse a certai- nement été très mal géré au cours de la période récente. Mais pas plus mal que n’importe quelle autre. Toutes ces institutions sont fragiles, car, comme chacun le sait, elles font des choses qu’elles ne devraient pas faire: on ne va pas en dresser ici la liste. On sait par ailleurs qu’à tout moment le système financier international pourrait bascu- ler dans le vide, car il est complètement pourri à la racine: par le déficit structu- rel américain en particulier. Un jour ou l’autre, il s’effondrera, il ne saurait en aller autrement. En attendant, on fait fonctionner la planche à billets. Mais cela concerne tout le monde.

Un fait nouveau a donc dû se produire, mais personne ne sait au juste lequel. Peut-être aussi ne s’est-il rien passé du tout. Allons même plus loin encore. Personne n’a jamais pensé un seul instant qu’il s’était passé quelque chose. Simplement, à un moment donné, tout le monde a compris que le Crédit suisse était condamné. Il ne faut même pas ici parler de fake news. Il est beaucoup aujourd’hui question de fake news. Mais on ne parle pas de ça. Quand les gens entendent dire que le Crédit suisse est en difficulté, ils savent très bien que c’est faux. Mais ils interprètent. Non, le Crédit suisse n’est pas en diffi- culté, mais il risque bientôt de l’être, car certains ne sont pas animés de telle- ment bonnes intentions à son endroit.

Voilà comment ils interprètent ce qu’ils entendent. C’est un deuxième message se donnant à lire derrière le premier: mais c’est lui qu’ils prennent au sérieux, car à la différence du premier, il dit la vérité.

Pour le tourner autrement encore, l’important n’est pas ce qui est dit, mais qui le dit. Ou encore, qui est derrière celui qui le dit. La désinformation se trans- cende ici en intimidation: il est vrai encore feutrée. C’est main de fer dans gant de velours. On se donne encore la peine de produire un double discours, alors que demain il n’y aura peut-être même plus de double discours. Les ordres seront donnés en clair: That’s an order! – Yes Sir!.

Pour le reste, force est de le recon- naître, les gens se sont comportés plutôt rationnellement. On parle de «vent de panique», mais quand tout le monde se précipite, comme on l’a vu, au guichet (au figuré) pour retirer son argent, a priori il n’est pas irration- nel de se joindre au mouvement. En moins d’une semaine, tout était fini. En soi, cela n’appelle pas de commen- taire particulier. Il y a des précédents. Sauf que certains pensent déjà à l’étape suivante. Le Crédit suisse vient d’être racheté par l’UBS. Par qui donc l’UBS elle-même sera-t-elle un jour rachetée, quand il lui arrivera ce qui vient d’arri- ver au Crédit suisse (car, chacun l’a bien compris, c’est ce qui lui pend mainte- nant au nez)? Il faudra chercher peut- être très loin.

LE FOND DE L’AFFAIRE

Tout cela n’a pas grand-chose à voir avec l’économie. En ce sens, pour comprendre la crise actuelle, plutôt que d’écouter les commentaires des économistes (auxquels, en tout état de cause, personne ne comprend jamais rien: rassurez-vous, c’est fait pour), il faut puiser dans ses propres souve- nirs: crise du Covid-19 en 2020-21, guerre en Ukraine en 2022-23. Toutes ces crises, en effet, se ressemblent, et sans doute aussi sont-elles étroitement liées entre elles. Elles ont en tout cas plusieurs traits communs, entre autres et en particulier le fait d’offrir un boule- vard à l’arbitraire des autorités, qui en profitent pour s’affranchir de toutes les lois existantes et surtout pour le faire ouvertement, sans se cacher. Le droit de propriété, en l’espèce, est spécialement malmené. L’an dernier, on avait eu les saisies illégales de biens de citoyens russes vivant en Suisse sous la pres- sion du gouvernement américain et de l’Union européenne, aujourd’hui on a l’effacement de certains titres de dettes décidé dans le cadre du rachat du Crédit suisse par l’UBS. Dans un cas comme dans l’autre, on peut parler de spolia- tion. Et les mêmes qui se permettent ce genre de choses viennent vous expli- quer ce qu’est l’État de droit et la chance que nous avons en Suisse de vivre dans un tel État, alors qu’ailleurs, etc.

C’est le droit de propriété qui est ici malmené, mais pendant la récente pandémie ce fut la liberté d’aller et venir, la liberté de prescription des médecins, bien d’autres libertés encore. Ces crises successives nous font franchir chaque fois un palier supplémentaire dans la remise en cause des libertés publiques et des droits fondamentaux. À l’évi- dence, l’État teste les réactions des gens. Il va aussi loin qu’il croit possible d’aller: autrement dit jusqu’à ce qu’il se heurte à une résistance. Pour l’instant encore, il n’y en a eu aucune. Dans le cas présent, il est évident que les diri- geants préparent le terrain pour l’in- troduction de la future monnaie numé- rique, qui leur permettra de contrôler les dépenses des gens. Les gens auront le droit de dépenser tant par mois et pas un centime de plus: les opposants, comme le député Nidegger, peut-être un peu moins encore.

L’autre dimension de cette crise, c’est évidemment sa dimension inter- nationale. Comme l’actuelle guerre en Ukraine le montre bien, ce sont les États-Unis qui commandent aujourd’hui en Europe. Les dirigeants européens ne sont que de simples exécutants, en plus sélectionnés en fonction de leur malléabilité. Tout écart est aussitôt sanctionné. On ne sait pas exactement ce qui a valu à la Suisse de se retrouver une fois de plus dans le collimateur des Américains. Je dis une fois de plus, car nonobstant le zèle hors du commun que mettent les dirigeants suisses à satisfaire aux exigences du maître américain, ils n’en font, semble- t-il, jamais assez. Et donc, périodique- ment, les Américains leur tapent sur les doigts. Il en va de l’indépendance de la Suisse comme des libertés publiques au plan interne: elle diminue comme peau de chagrin. En 2022, la Suisse a enterré sa neutralité, mais c’était, semble-t-il, encore trop peu. La neutralité, dira-t-on, est une chose, la place financière suisse une autre. Certes, mais je me place ici dans l’optique américaine: tout doit disparaître.

Comments

ok j'hésite entre ca et l'or physique because j'habite en banlieue paris (hlm zone genre 93 ... donc or physique pas top !)

Arkanciel

les titres sont à toi. est après un certain temps... (combien) ces titres te reviennent, soit en direct nominatifs (ou sont envoyés dans une banque de ton choix). pendant cette période de transfert, évidemment, ils ne sont pas liquides...

Piero San Giorgio

bonjour à tous, si j'achète des actions minieres style barrick gold et que ma banque fait faillite que se passe t-il ? les titres sont nominatifs ??? merci

Arkanciel

Aux royaume des borgnes,celui qui voie est fou...

marco polo

l'abonnement est raisonnable au Nivea du prix

Piero San Giorgio

Dommage que l'on ne puisse pas acheter des articles de manière ponctuelle sur antipresse

John D'où

"on est quand même bien par rapport aux autres". : la même chose en France 😅

Néoléto.

Le soucis en Suisse, c'est que dès que t'essaye de tirer la sonnette d'alarme sur n'importe quel sujet, on te réponds "on est quand même bien par rapport aux autres". Les gens voient les choses de façons statiques et non de façon dynamiques. Mais ont-ils envie de voir? Face a tant de déni et de paresse intellectuelle, face à 62% de mongols (trisophobie? ) qui ont voté la loi covid, comment ne pas sombrer dans la misanthropie la plus radicale ? Comme disait Nicolas Bonnal récemment "Donne moi des raisons d'espérer ??? Y en a pas !!! "

Michael

Un raisonnement : si les états se portent garants des banques ( en caution les fonds et propriétés de son peuple) et que les banques rachetées par les USA viennent à "disparaître" que ce passe-t-il ? Et est-ce que cette hypothèse est réaliste ?

Néoléto.

Très bon article

Piero San Giorgio

Selon la conseillère fédérale Karine Keller-Sutter, aucune pression n’a été exercée sur la Suisse. Si on avait un doute (je dis bien si) celui-ci vient d'être levé. En lien avec l'affaire: L’ordonnance explosive que le président suisse a signée! Patrimoine exposé… https://lilianeheldkhawam.com/2023/03/24/lordonnance-explosive-que-le-president-suisse-a-signe-patrimoine-expose/ Si ce n'est pas déjà fait sortez un maximum d'argent des banques

Demelchtal

L'Antipresse, une revue hebdomadaire incontournable

Demelchtal

A lire aussi l'article sur le sujet de "courrier international"....merci

délicieusement délicieux


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