Revue de presse de la semaine - Spécial recherche et idées
Added 2025-04-04 20:05:41 +0000 UTCBonjour les coquelicots!
Cette semaine, pas de «nouvelles» — je vous offre plutôt une revue de presse entièrement consacrée à la recherche, à diverses études récentes, à des suggestions de lecture et d’écoute et à quelques mises en contexte de phénomènes sociaux.
Et puisqu’il est beaucoup question ces jours-ci de la série britannique Adolescence et du documentaire De rockstar à tueur : Le cas Cantat sur Netflix, voici pour commencer une suggestion d’essai et de balado sur les féminicides :
Féminicides. Une histoire mondiale, collectif dirigé par Christelle Taraud.
Dans tous les pays du monde, à toutes les époques, des femmes ont été tuées parce qu'elles étaient des femmes. L'historienne Christelle Taraud réunit dans ce livre les meilleures spécialistes mondiales de la question, des oeuvres d'artistes et d'écrivaines, des témoignages et des archives... pour comprendre le continuum de violences qui s'exerce contre les femmes depuis la préhistoire.
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Entrevue avec l’historienne Christelle Taraud : Compter les mortes ne suffit pas
Qu’est-ce que le féminicide a de spécifique ?
Ce n’est pas un meurtre, mais une exécution.
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Série « Féminicides, la guerre mondiale contre les femmes »
Épisode 1/4 : Un crime de possession
Extensions de la communauté, territoires à conquérir, corps à soumettre : au cœur du système féminicidaire, il y a le refus de reconnaître aux femmes une existence propre. Utilisables, jetables, tuables, les femmes sont assiégées. Déroger à la loi du propriétaire, c'est s’exposer à sa sanction.
Masculinité «sigma»: un phénomène numérique sur TikTok qui menace les relations de genre
La plateforme TikTok joue un rôle pivot dans la propagation de discours toxiques associés à la masculinité sigma, qui prône l’indifférence à l’égard des femmes, leur rejet, de même que l’humiliation et la haine des autres genres, quels qu’ils soient.
C’est ce que le professeur Samuel Tanner et le doctorant François Gillardin, de l’École de criminologie de l’Université de Montréal, ont constaté au cours d’un projet de recherche qui repose sur l’analyse de vidéos diffusées sur TikTok et dont les résultats ont été publiés récemment dans la revue Social Media + Society.
Pour les besoins de cette recherche, François Gillardin a créé un compte TikTok sur un ordinateur isolé pour ne pas être parasité et a visionné 960 vidéos pendant un mois en effectuant une recherche avec les mots-clés sigma, sigmamale et sigmamalegrindset.
De ce corpus, les chercheurs ont analysé 195 vidéos qui leur ont permis de circonscrire une écologie de la communication toxique qui se distingue par des pratiques, une grammaire et des contextes qui sont spécifiques.
Lire l’étude : Toxic Communication on TikTok: Sigma Masculinities and Gendered Disinformation
Le point sur les droits des femmes 30 ans après Beijing
En 1995, plus de 30 000 femmes de 200 pays se sont réunies à Pékin à l'occasion de la Conférence mondiale sur les femmes pour déclarer que les droits des filles et des femmes sont des droits humains. La plate-forme d'action de Pékin, adoptée par 189 pays lors de la conférence, engage les gouvernements, les organisations internationales et les institutions à garantir la pleine mise en œuvre des droits des femmes dans 12 domaines critiques.
Faisant le point sur les progrès réalisés par les filles au cours des trois dernières décennies, un nouveau rapport examine les tendances en matière de statistiques et de données dans des domaines clés, et compare les progrès historiques aux efforts supplémentaires nécessaires pour atteindre les 16 cibles des objectifs de développement durable pour les adolescentes d'ici à 2030.
Lire le rapport : GIRL GOALS: What has changed for girls? Adolescent girls’ rights over 30 years
Portrait statistique des femmes de minorités sexuelles ou de genre au Québec
Au Québec, les personnes de minorités sexuelles représentaient 3,3 % de la population de 15 ans et plus en 2018. Les personnes de minorités de genre en comptaient pour 0,23 % en 2021. Les personnes de minorités sexuelles et les personnes de minorités de genre sont relativement plus jeunes que le reste de la population.
Les femmes de minorités sexuelles sont plus susceptibles que les autres femmes de trouver que la plupart de leurs journées sont assez ou extrêmement stressantes. Elles sont aussi proportionnellement moins nombreuses à se percevoir en excellente ou très bonne santé mentale que les femmes hétérosexuelles et que les hommes en général et plus nombreuses en proportion à avoir reçu un diagnostic d’un trouble d’anxiété.
Les femmes de minorités sexuelles ou de genre sont plus susceptibles que les femmes hétérosexuelles et cisgenres et que les hommes en général d’avoir vécu subi au moins une agression sexuelle depuis l’âge de 15 ans et au moins un comportement sexuel non désiré en public au cours des 5 dernières années.
Voilà quelques-unes des nouvelles statistiques disponibles dans la Vitrine statistique sur l’égalité entre les femmes et les hommes, qui résulte d’un partenariat entre le Secrétariat à la condition féminine et l’Institut de la statistique du Québec.
Pourquoi (et comment) la droite séduit les jeunes hommes au Canada
Un virage à droite s’observe chez les jeunes électeurs un peu partout dans le monde, et le Canada ne fait pas exception. Les intentions de vote sont claires au fédéral: les hommes de 18 à 34 ans sont plus favorables aux conservateurs que les femmes de la même tranche d’âge. Qu’est-ce qui explique que les valeurs conservatrices séduisent cet électorat masculin?
«Ce n’est pas faux de parler de la droitisation des jeunes hommes, qui sont nettement plus favorables aux partis conservateurs quand on les compare aux jeunes femmes», souligne le professeur à l’école de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, Jean-François Daoust.
L’hypothèse la plus crédible selon l’expert: les priorités électorales des jeunes hommes sont différentes de celles de leurs vis-à-vis féminins.
«Ça sonne un peu cliché, mais la littérature démontre le clivage de genre. Les hommes accordent plus d’importance à l’économie et aux problèmes reliés la criminalité, et les femmes aux enjeux sociaux comme la santé, l’éducation et les politiques familiales», résume M. Daoust.
« Hypogamie » : pourquoi les femmes épousent des hommes de moins en moins diplômés

Là où il était autrefois assez courant pour les hommes très diplômés d’épouser des femmes moins diplômées, avec la démocratisation scolaire, les mariages ont commencé à évoluer vers une forme plus égalitaire à partir du milieu du XXème siècle.
Sauf que les écarts au sein des couples en termes de niveau d’étude se creusent à nouveau, mais cette fois en sens inverse : comme le relate le magazine américain The Atlantic ce lundi 31 mars, plusieurs statistiques récentes montrent que dans les relations hétérosexuelles, « les femmes sont désormais plus susceptibles d’épouser des hommes moins diplômés que l’inverse ».
Professeure de sociologie à l’université du Wisconsin à Madison, Christine Schwartz, fait un constat contemporain bien loin de ces clichés : d’après ses calculs, en 2020, les époux américains partageaient le même niveau d’éducation dans 44,5 % des mariages hétérosexuels, contre plus de 47 % au début des années 2000. Non seulement le seuil des 50 % s’éloigne donc peu à peu, mais, surtout, parmi ces mariages « mixtes » sur le plan éducatif, la majorité (62 %) seraient aujourd’hui hypogames (du point de vue des femmes), contre 39 % en 1980.
Lire l’article original sur The Atlantic : The New Marriage of Unequals
Emotion and Space in the Mid-Victorian Women’s Suffrage Movement
La doctrine des « sphères séparées » – le confinement des femmes au foyer tandis que les hommes erraient librement dans la sphère publique – est profondément ancrée dans l'imaginaire populaire de la vie victorienne. Les historiens ont longtemps débattu de l'utilité et de la justesse de cette genrification de l'espace dans le contexte du mouvement pour le droit de vote des femmes, mais la dimension émotionnelle de l'espace a reçu moins d'attention.

Les suffragistes du milieu de l'époque victorienne ont déployé divers arguments pour dissoudre les normes émotionnelles spatialisées qui empêchaient les femmes d'accéder aux arènes politiques publiques. Les espaces politiques prescrivaient, sans les déterminer, les idéaux genrés d'expérience et d'expression émotionnelles. Les suffragistes étaient engagées dans des relations réflexives et dynamiques avec les espaces qu'elles occupaient, ce qui leur permettait de jouer avec la plasticité des liens entre espace, féminité et émotion. Ce faisant, elles ont multiplié les moyens dont disposaient les femmes pour exprimer leur genre dans les espaces politiques. Elles ont collectivement mis à mal la justification monolithique de leur exclusion de ces espaces et de l'électorat – simplement parce qu'elles étaient trop émotives.
Le rôle caché des femmes dans la copie des manuscrits médiévaux
Longtemps ignorée, la contribution des femmes à la copie des manuscrits médiévaux se révèle bien plus étendue que supposée. L’analyse des colophons atteste d’une présence féminine continue et significative, suggérant l’existence de réseaux scripturaux féminins méconnus et la nécessité de revoir les modèles traditionnels de diffusion du savoir au Moyen Âge.
Pendant des siècles, les manuscrits médiévaux ont été perçus comme le fruit exclusif du travail des moines, copistes, reclus dans leurs scriptoria. Cette image, profondément ancrée, a longtemps éclipsé d’autres réalités du monde lettré médiéval. Or, une étude récente menée par une équipe interdisciplinaire de l’Université de Bergen (Norvège) vient bouleverser cette vision. Publiée dans la revue Humanities and Social Sciences Communications, elle révèle que des femmes ont également joué un rôle concret dans la production manuscrite entre 800 et 1626.
La science a longtemps laissé de côté la moitié de l'humanité. C'est le constat saisissant que dresse Cat Bohannon dans son livre Ève : 200 millions d'années d'évolution au féminin (Flammarion), un essai qui bouleverse notre compréhension du corps biologiquement femelle et remet en question des siècles de recherches médicales et scientifiques biaisées.
Au-delà du constat médical, Ève propose une réécriture de l'histoire de l'évolution, en replaçant le corps féminin au centre du récit. L’autrice nous invite à nous pencher sur ces ancêtres féminins trop souvent ignorés : Morganucodon, premier mammifère à produire du lait – une sorte de croisement entre la belette et la souris – Ardipithecus ramidus, première homminée bipède connue, ou encore Homo habilis, qui fut sans doute aussi une habile utilisatrice d'outils.
Loin de la vision d'une évolution centrée sur le chasseur mâle triomphant, Cat Bohannon montre que la coopération et la transmission des connaissances ont joué un rôle crucial dans le développement de notre espèce. L'évolution, qui n’est pas un processus linéaire et strictement adaptatif, est marquée par des spécificités biologiques féminines qui ont façonné notre espèce.
Comments
Super intéressant! Merci pour tout ça!!!
Emilie Ouellette
2025-04-04 23:34:58 +0000 UTC
C’est ce que le professeur Samuel Tanner et le doctorant François Gillardin, de l’École de criminologie de l’Université de Montréal, ont constaté au cours d’un projet de recherche qui repose sur l’analyse de vidéos diffusées sur TikTok et dont les résultats ont été publiés récemment dans la revue Social Media + Society. 