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[Repost Instagram] "J'aime faire, je n'aime pas finir"


Achever un projet laisse toujours un petit goût de frustration. On travaille sans répit pendant des mois, voire des années, des idées géniales nous viennent à l'esprit, alors on les note, on les met en œuvre, on regarde ce que ça donne, et puis finalement ces idées géniales nous paraissent beaucoup moins géniales, alors on revient en arrière, on réessaye, ça marche, mais ça pourrait être mieux, donc on reprend, on doute, on fonce, on redoute, on refonce. Bref, c'est un enfer.

Et pourtant, sans cet enfer, sans cette occupation permanente de l'esprit qui fait qu'on se retrouve à se lever de table pour noter une idée qui nous sera venue sans prévenir (pour ceux qui prennent le temps de manger), sans cet accaparement total et continuel, la création, pour moi, ne serait pas la création.

Et on a beau savoir que tout ce travail a une seule et unique finalité : la concrétisation, et que toute notre énergie est dirigée vers ce but, quand vient le moment de rendre notre copie, quelque chose en nous résiste. Quelque chose qui ne veut pas en finir.

Alexandre Astier disait récemment : "J'aime faire, je n'aime pas finir". C'est un parfait résumé de la situation. Le travail du créateur, avec tout ce qu'il a d'excitant, d'enivrant, mais aussi de douloureux et de désespérant, c'est ça qu'aime le créateur. Il l'aime d'un amour contradictoire, torturé. Il l'aime comme quelque chose de tellement vital qu'il sait qu'aucune souffrance ne lui fera renoncer à lui. Il l'aime, parce que c'est ça qui l'anime. Preuve en est : quand son œuvre est achevée, la création lui manque.

En résumé, ma bande dessinée est terminée, et elle me manque déjà.

Comments

Oui. Nous étions deux, le skipper et moi. Au bout d'un moment les masques tombent, on ne peut plus faire semblant ou se planquer derrière des apparences bienveillantes. Malgré soi on est amené à reconnaître que chacun coopère à cause d'un intérêt personnel bien compris et ceci, loin de diviser, rassemble et montre l'autre comme un semblable. On y apprend aussi à se dire que ce n'est pas une faute de penser (par exemple avoir des idées de meurtre ou souhaiter qu'il arrive quelque chose à l'autre,...), l'important étant de savoir pourquoi il n'est pas intéressant de passer à l'acte. Et puis, parfois, on y doit aller racler au fond de soi des ressources insoupçonnées de courage, de vaillance, de capacité attentionnelle, de réactivité et de calme... Ce sont de belles et marquantes découvertes.

ça doit etre quelque chose une traversée en voilier!

Bonjour Charles. Pendant tout ce temps de la création vous avez dû vous sentir plus vivant que jamais. J'ai ressenti quelque chose de similaire lors d'une traversée en voilier mouvementée entre Nouméa et Darwin. Tout le bonheur espéré en arrivant au port de Darwin, je ne l'ai pas trouvé. Je n'ai trouvé qu'un grand vide et avec la vague sensation que ce bonheur était derrière moi, même dans le grand mauvais temps. Vous venez de me confirmer que le trésor que nous recherchons n'est pas au bout de la route, mais qu'il est à cueillir tout au long du chemin. Soyons vivants jusqu'au bout et n'étouffons pas cette vie en nous qui ne demande qu'à se déployer à l'infini, au-delà même de la finitude de nos cellules et de nos organismes ! Désolé, il fallait que je le dise...


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