En primeur, ma prochaine interview pour SURVIVAL Magazine
Added 2022-11-30 12:00:27 +0000 UTCNRBC-Survivre aux évènements Nucléaires, Radiologiques, Biologiques et Chimiques
Itv Piero San Giorgio
-Votre ouvrage NRBC date de 2016, il semble qu’il soit paru avec six ans d’avance, comment vous est venu l’idée de traiter ce sujet ?
Le génie ! Plus sérieusement, j’avais beaucoup de lecteurs de « Survivre à l’effondrement économique » et de « Rues Barbares » dans les forces armées et, notamment, au sein du GIGN. L’un de ceux-ci m’a contacté pour me faire part de ses remarques quant au trop court paragraphe lié aux risques nucléaires. Cet homme, Cris Millenium, était le responsable de la cellule NRBC du GIGN et je lui ai proposé que l’on écrive ce livre ensemble. Après une année de travail passionnant et très agréable, car Cris, auteur de livres de science-fiction à ses heures perdues, à une très belle plume en plus de ses connaissances techniques impressionnantes, nous avons publié ce livre qui permet à quiconque de comprendre la nature des risques Nucléaires (Accidents de centrales, guerre atomique), Radiologiques (bombe sale, incidents industriels liés au nucléaire), Chimiques (essentiellement accidents industriels comme celui de Lubrizol en 2019 à Rouen...) et Biologiques (pandémies, attaques biologiques, etc.) et de s’y préparer. Bien sûr, nous espérions et nous l’espérons toujours, que ces évènements ne deviennent pas une réalité. La pandémie Covid et les risques très élevés de conflagration nucléaire cette année ont montré qu’il n’est jamais trop prudent d’acquérir ces notions de bases et d’avoir un minimum de préparation.
-Le risque nucléaire qui nous intéresse particulièrement dans ce numéro paraît comme insurmontable pour les « citoyens lambda ». Que peut-on faire pour se préparer à une telle attaque ? De quel matériel doit-on disposer ?
Nous entendons, lisons et voyons au cinéma dans des films apocalyptiques que, en cas de guerre nucléaire des propos et idées qui vont dans ce sens : « On va tous mourir ! » ; « Je préfère mourir tout de suite que survivre dans ce qui suivra ! » ; « Je me suicide direct ! » ; « C’est la fin de l’humanité́ ! » ; « C’est la fin de toute vie sur Terre ! » ; « Seuls les scorpions et les insectes vont survivre » ; « Il y a de quoi détruire la Terre plusieurs fois ! » ; « Personne ne pourra survivre ! »
Des livres à succès, comme On the Beach de Neville Chute, des films comme Le jour d’après, de Nicholas Meyer, des jeux vidéo comme Fallout et bien d’autres œuvres de divertissement ou artistiques mettant en scène des univers post-apocalyptiques, ont transmis dans la culture populaire un grand nombre de mythes liés aux armes nucléaires. Enfant, j’ai même connu une dame qui pensait qu’ « ils allaient utiliser la bombe »... oui, LA bombe... elle croyait qu’il n’y en avait qu’une, et qu’elle allait tout détruire ! Même parmi les « survivalistes » ou autres preppers, qui se pensent souvent bien informés, le thème de la préparation à la guerre nucléaire est souvent négligée, pensant que « ça ne sert à rien » car ce serait « trop dur » ou « trop horrible ». Pourtant, même une guerre thermonucléaire globale, bien que tragique et aux effets destructeurs colossaux ne signifierait pas la fin de la vie humaine sur terre. Pourquoi ? Parce que la puissance de destruction et d’irradiation d’une ogive nucléaire est relativement petite, parce que les retombées radioactives ne sont pas si grandes et se dissipent assez vite, parce que même si tout l’arsenal nucléaire des grandes puissances était utilisé, il ne correspond qu’à une fraction de la puissance d’une seule éruption volcanique... Attention, ça ne sera pas une partie de plaisir, surtout si vous habitez près d’une cible potentielle, près d’une centrale nucléaire (car qui les arrête en cas de guerre ?) ou si vous n’avez prévu aucune préparation, mais je l’affirme : nous pouvons survivre à une guerre nucléaire.
D’ailleurs, les simulations menées depuis les années 1950 par les États-majors de la plupart des grandes puissances montrent que la plus grande des guerres nucléaires (et elles seraient bien plus petites en 2022 qu’en 1960 ou 1970) ne causerait « que » la mort de 40 à 60% de la population.
Pour se préparer, il faut d’abord comprendre la nature du risque, ce qu’il implique en termes de – pour une déflagration nucléaire : puissance destructive immédiate sous forme de chaleur et de souffle, d’irradiation, de retombées de poussières contenant des éléments radioactifs dangereux, etc. En fonction de cela, et du lieu où on réside, ou de l’endroit où on se retrouverait lors d’un tel évènement (dans un transport en commun, dans sa voiture, sur le lieu de travail, etc.) et d’où se trouvent les gens à qui vous tenez (enfants à l’école, etc.). C’est seulement après voir compris ces éléments et étudié les quelques scenarios dans lesquels vous pourriez vous retrouver que vous entamerez vos préparatifs physiques, matériels et comportementaux. Ce ne sera donc pas le même niveau de préparatif si vous habitez, par exemple à Val d’Isère, loin d’une cible stratégique ,ou a Brest, en face de la base des SMLE de la Marine Nationale... Pour les outils, en plus des réserves pour passer quelques semaines sans une économie qui fonctionne et, très probablement, sans électricité, ils varient donc de simples outils pour colmater les embrasures des portes et des fenêtres de votre domicile, au véritable abri antiatomique comme nous en avons en Suisse et jusqu’aux combinaisons et masques NRBC. Pour rentre la navigation à travers tout ça plus simple et vu l’augmentation des ces risques, j’ai écrit un livret gratuit de 50 pages, qui complémente le livre NRBC, et que l’on peut télécharger gratuitement depuis mon site https://www.piero.com
-En cas de catastrophe nucléaire à proximité de mon domicile quelle attitude adopter ?
Tout dépend de la priximité, du temps d’alerte que vous aurez eu et des proches que vous souhaitez « récupérer », si cela est possible. Si les enfants doivent être abrités dans la salle de gym de l’école, que vous faites de même mais dans les sous-sols de l’immeuble où vous travaillez et que votre conjoint(e) se terre à la maison, sans parler du « grand » qui a séché les cours et qui arpente les rues du centre-ville... le niveau de stress lié à l’incertitude de ce qui arrive a chacun – les communications ne fonctionnent pas toujours dans ces situations – peut être terrible et c’est pourquoi il est utile de réfléchir à l’avance aux procédures à faire selon les scénarios : point de rendez-vous, lieu où se cacher, mode de communication non-technologique... Si vous avez le temps, l’évacuation peut aussi être une solution, mais faut-encore avoir prévu où aller (dans sa Base Autonome Durable, chez des amis ou de la famille loin de la zone ciblée...) et d’en avoir le temps car on peut imaginer les rues engorgées par tous ceux qui auront eu la même idée.
-Se faire construire un abri anti-nucléaire peut paraître un peu déraisonnable, qu’en pensez-vous ?
A moins de vivre tout près d’une cible très probable (base militaire stratégique, centre logistique de grande importance – Rungis par exemple, centre de commandement militaire – pour autant que vous sachiez que vous habitez tout près...), les abris de type « Abri nucléaire Suisse » sont complètement disproportionnées et immensément coûteux. Et si des milliardaires se sont amusés à se faire construire de véritables bunkers souterrains, ce sont surtout les États qui, avec l’argent des contribuables ont réalisé d’immenses complexes souterrains, de véritables villes enterrées, capables de tenir plusieurs années en isolation totale et destinées à permettre aux chefs militaires et politiques et à leur familles d’être « sauvés ».... pour autant que le choc psychologique de rester en environnement clos soit supportable, ce que les tests effectués dans les années 1950 par la Rand Corporation aux États-Unis ont montré : au-delà de deux semaines, quel que soit l’environnement extérieur, les gens sortent ! (c’est pour cela qu’il est indiqué de rester dans un abri deux semaines et non pas pour des raisons de réduction de la radioactivité ambiante...). Bien sûr, des outils simples et bon marché comme des dosimètres pour identifier si la radioactivité atmosphérique augmente au-delà de certains seuils devraient faire partie de kits de tous, des pastilles de iodure de potassium (130mg) pour saturer la glande thyroïde, et l’apprentissage des gestes de protection simples en cas de nécessité de décontamination peuvent être rapidement appris. Après, si vous vivez dans un bel appartement avec vue sur la rade de Toulon et que l’ennemi balance deux ou trois ogives pile sur la flotte qui y mouille... et bien là, oui, il faut aussi savoir mourir !
-A titre personnel, comment vous préparez-vous ?
J’ai choisi il y a 15 ans d’habiter dans les montagnes suisses, ce qui ajoute à la faible probabilité que la Suisse soit ciblée, la distance de toute ville, centrale nucléaire ou objectif stratégique. Mon seul véritable souci est de savoir si une attaque nucléaire a eu lieu et si un niveau de retombées radioactives dépasse un seuil normal – j’ai pour cela des dosimètres dans tous de mes kits et, cette année y compris toujours sur moi dans mon EDC. De même pour des pastilles de iodure de potassium. De plus, j’ai de quoi rentre étanche et décontaminer la maison et, superficiellement le potager et le jardin, en cas de retombées importantes. Enfin, puisque mes enfants étudient en ville, j’ai quelques kits plus avancés s’il me fallait aller les récupérer... mais une attaque nucléaire sur une ville comme Genève, siège de l’ONU, est tellement peu plausible... que j’ai presque honte d’imaginer un scenario ou je dois enfiler ma tenue NRBC, mon masque et aller exfiltrer les gosses de la ville !! En revanche ils ont tous assimilé et appris la procédure à suivre si toutes le communications et l’électricité venaient à être coupées simultanément (effet d’EMP...) ou si l’annonce d’une attaque sur un pays voisin devait être annoncée ou si les sirènes d’alarme devaient se déclencher.
-Pensez-vous que le risque nucléaire à vraiment augmenté avec la guerre en Ukraine ou qu’il s’agit d’une ligne rouge qui ne pourra pas être franchie par les belligérants ?
Hélas, si on sait comment se déclenche une guerre, nul ne peut prévoir comment elle va évoluer et entre des belligérants qui disposent d’armes nucléaires d’une gamme de puissance allant de toutes petite bombinettes tactiques à des très grandes et très puissantes... le risque de dérapage est important. A ce risque il faut ajouter les possibilités d’attaques sous faux drapeaux qu’un camp comme l’autre peut utiliser pour ensuite en donner la responsabilité à l’autre... et le dérapage, voire l’accident est toujours possible.... d’autant que les dirigeants de nombreux pays impliqués ne semblent pas vraiment se soucier de préserver la vie et les intérêts de leur propre population... Bref, il me semble que le risque n’a jamais été aussi grand depuis la crise des missiles de Cuba en 1962.
Un autre souci est que si dans l’inconscient collectif, la guerre nucléaire est impensable car elle signifierait, « la fin du monde », la réalité est que ces armes ne sont pas si destructrices que ça – 50% des habitants d’Hiroshima et de Nagasaki ont bel et bien survécu à la bombe et aux retombées radioactives - et que, passé un premier choc initial, on pourrait très bien imaginer qu’un « verrou » mental des militaires et des politiques saute et que l’on ne considère plus ces armes comme des menaces utiles, mais comme des outils militaires, au fond, comme d’autres.... Et alors la prolifération de pays en possédant (USA, Russie, France, Royaume-Uni, Chine, Inde, Pakistan, Israël, Corée du Nord) pourrait rapidement s’allonger pour inclure les pays qui en ont le potentiel (Japon, Corée du Sud, Taiwan, Indonésie, Turquie, Allemagne, Pologne, Iran, Suède....). Bien sûr, si fabriquer quelques bombes n’est pas trop difficile, ce sont les vecteurs et les systèmes de contrôle sophistiqués qui sont complexes... mais nous entrerions tout de même dans un monde où ces armes seraient plus facilement utilisées et refourguées à des cellules terroristes et donc avec des conséquences quand même inquiétantes... Nous avons eu de la chance de ne pas avoir ce genre de dérapage depuis 1945.
-Des autres menaces décrites dans votre ouvrage, d’autres vous semblent aujourd’hui plus élevées qu’en 2016 ?
Si l’attaque chimique est probablement un scenario fantaisiste, l’accident industriel est beaucoup plus probable qu’on se l’imagine car les usines contenant des produits chimiques dangereux ou des hydrocarbures polluants ne se trouvent pas que dans les grandes villes, et notamment dans les installations portuaires, mais sont aussi éparpillés sur tout le territoire... et nous en ignorons souvent l’existence. Regardez quel sites classés SEVESO sont situés près de chez vous, vous pourriez être surpris ! De même, les sites industriels ou médicaux qui ont des machines contenant de toutes petites quantités de matières radioactives dangereuses, méritent que ceux qui y travaillent soient attentifs à ces dangers.
Les pandémies sont quant à elles régulières dans l’histoire et nous en avons expérimenté une qui, si n’était pas très mortelle avec un taux de mortalité de 0,04%, les décisions et mesures souvent absurdes d’un point de vue médical qui s’en sont suivies ont montré à la fois un risque très grave pour notre santé lié à celles-ci autant qu’une dérive totalitaire inquiétante... On peut s’imaginer d’autres pandémies – naturelles ou sorties d’un laboratoire de manière accidentelle ou voulue et avec des conséquences bien plus importantes. Pour rappel, Ébola tue 40 à 50% des contaminés (fort heureusement la contamination n’est pas facile) et la Variole, très contagieuse, à un taux de mortalité de 30%...
Enfin, si les centrales nucléaires sont très sûres et que le risque d’accident est quasiment nul, on ne peut l’exclure, notamment en cas de crise économique lourde, de guerre-civile ou de guerre qui ciblerait directement de telles installations. A mon humble avis, dans tous les cas, il faut mieux comprendre et se préparer que vivre dans une totale insouciance.. et comme je le dis sans-cette, et sans stress anxiogène, préparez-vous !
Comments
Pas dans la série, ce qui décime, c'est: le climat, les animaux, les plantes, la fin, la maladie, les bandits et puis, les indiens.
Jean Marie
2022-12-01 08:25:31 +0000 UTCEt par l’occasion dégommer quelques millions d’amérindiens pour leur piquer leurs terres...
Josey Wales
2022-12-01 06:30:21 +0000 UTCA propos de survie, je vous propose une très bonne série : 1883 La famille Dutton s'embarque pour un voyage vers l'ouest américain à travers les Grandes Plaines fuyant la pauvreté pour chercher un meilleur avenir au sein de la terre promise de l'Amérique - le Montana
Jean Marie
2022-11-30 21:18:19 +0000 UTC